Souvenir de la cure du Grand-Temple

Le printemps annonce un renouveau pour la nature, empli de promesses et d’espérance. Certains songent déjà aux prochaines vacances d’été, d’autres préparent la rentrée scolaire.

La paroisse connaît en cette année 2017 des changements empreints de joies mais également de renoncements ; avec des fermetures de cures, des déménagements annoncés, des travaux de construction, des prises de congé et des arrivées… C’est tout simplement la Vie avec un grand « V » qui nous appelle à faire des deuils, à tourner la page, mais aussi à nous réjouir d’en écrire de nouvelles.

Rico Gabathuler, diacre, a pris une autre direction en février dernier. Jean-Bernard Boissard, pasteur, profitera d’ une retraite bien méritée d’ici la fin du mois de juin et Karin Philidius, pasteure, a été installée comme ministre dans notre paroisse. Vy Tirman est arrivée en mars comme diacre en formation. Elle travaillera officiellement à la Chaux-de-Fonds dès le mois d’août en attendant la consécration diaconale. Comme à Pentecôte, il y a 2000 ans, le Saint-Esprit a donné un nouvel élan à cette fragile Eglise naissante, gageons que le même Esprit soufflera sur notre paroisse afin d’y écrire encore de nombreuses pages d’histoire.

La cure du Grand-Temple : un vrai lieu de vie.

PHOTO de la cure

Construite en 1832 (1) pour y loger les pasteurs au premier étage et accueillir les activités paroissiales, la cure, sise au n° 9 de la rue de la Cure, a connu une histoire riche, intimement liée à la vie de la paroisse du Grand-temple et des habitants du quartier.                                                                                                                                                                     Aujourd’hui, si vous vous rendez sur place, vous y apprendrez que celle-ci a fermé sa porte. La paroisse réformée La Chaux-de-fonds a remis les locaux à l’EREN, propriétaire du bâtiment.

Par le biais du Porte-Parole, le Conseil paroissial veut rendre hommage aux nombreux paroissiens qui, durant 184 années, ont fait de ce lieu un endroit chaleureux et vivant. Certains d’entre eux ont accepté de partager leurs souvenirs, pour dire merci et aurevoir à un lieu qui était un peu leur deuxième maison.

Monique Linder : « J’ai grandi dans le quartier, j’y ai tellement de souvenirs : par exemple, le catéchisme avec le pasteur Ariel Cochand, nous étions 90 gamins…Aussi, j’ai été incapable d’aller aider au déménagement, je n’ai pas compris, une partie de moi s’en est allée… Aujourd’hui, je m’accroche à ce qui reste. »

Roland Tschanz : « En 1971, j’ai été nommé conseiller de paroisse. Il y avait trois pasteurs à cette époque : Michel de Montmollin, qui habitait la cure, Auguste Lebet et Jean-Louis Jacot. Je me souviens de portraits exposés dans la salle du Conseil, c’était des portraits d’Indigènes de Madagascar, grandeur nature, photographiés par Fernand Perret, un célèbre photographe de la ville…                                                                                                                                 Au rez-de-chaussée, il y avait un petit appartement occupé par le concierge Charles Sandoz et sa dame. Ils ont entretenu la cure durant de longues années et leur engagement allait bien au-delà de leur contrat de concierge. »

Nicole Bertallo : «  Arrivée  en 1998 dans la paroisse du Grand-Temple,  je me souviens des assemblées de paroisse qui se déroulaient également dans cette salle et au cours desquelles Jean-Maurice Matthey, notre caissier bien-aimé nous présentait comptes et budgets avec son humour bien à lui, nous faisant passer un moment délicieux pendant lequel nous riions beaucoup alors que d’habitude,  les alignements de chiffres  m’ennuyaient puissamment.  C’était si bien amené que nous attendions ce moment avec impatience…, c’est  tout dire.

Timothée Habegger. : « J’ai habité la cure avec mes parents. Mon père a été pasteur, très apprécié d’ailleurs. Je me souviens des kermesses, une en particulier, où j’ai trouvé super de pouvoir descendre en rappel la tour du Grand-Temple. Je me rappelle aussi une vieille dame que je n’aimais pas trop. Elle n’était pas très propre, elle se mettait toujours devant au culte car elle était a moitié sourde. Lors d’un culte, j’ai dû porter du pain sur un support en bois et sans le faire exprès, je l’ai fait tomber et la vieille dame l’a reçu sur la tête, sans dommages heureusement mais a la fin du culte, mon père m’a obligé à m’excuser et à lui faire un bisou. »

Paul-André Leibundgut : « Je me suis occupé de la location des salles durant 6 ans, une tâche pas toujours facile mais nécessaire. Je me suis impliqué également dans la rénovation des locaux de 2008, avec Husni, Libanais, devenu depuis un cher ami. Nous avons choisi des couleurs vives afin de redonner vie à nos locaux. La reprise des locaux suite aux locations ne fut pas toujours de tout repos. Ce temps à la Cure fut aussi un temps de rencontre, de partages et l’assurance de nouvelles amitiés. La Cure était devenue pour moi une seconde maison. Je ne suis pas prêt d’oublier ce temps-là.»

Daphné Reymond : « Ah, si les murs pouvaient parler !  Qu’est-ce qu’ils en auraient à raconter, de nos multiples échanges avec un visiteur ou entre collègues, dans nos bureaux et dans la cuisine conviviale… Combien souvent des projets motivants sont nés autour d’une tasse de café, ou dans un coin de bureau, entre documents et téléphones…car la cure, notre cure, c’était un lieu de rencontre bien vivant, habité et chaleureux, un lieu qui suscitait la vie ! mais…, et c’est peut-être bien ainsi, si les murs ont des oreilles, ils savent aussi garder leurs secrets.

  1. Edouard Urech, Histoire de la Chaux-de-Fonds. Récits, documents et notes. Deuxième série, éd.G. Saint-Clair, La Chaux-de-Fonds, 1956, p.72.
  2. Photo de la cure, dessin de Léo Châtelain, propriété de M.P.-F. Jeanneret, vers 1860

L’Islam, une présence qui nous interpelle.

 Au moment où la paroisse cherche à bâtir un centre paroissial au budget toujours plus raisonnable, nous avons appris par l’impartial, la création d’un musée et d’un complexe musulmans au budget plus que généreux.

Une coïncidence qui interpelle…

Une fois passée l’inévitable charge émotionnelle, et que la raison reprend ses droits, plusieurs remarques apparaissent :

La place grandissante de l’Islam en suisse est devenue une question publique.

La société se questionne sur les implications et les mutations que cela entraine, de devoir faire une place toujours plus grande, à une religion aux exigences parfois contraignante.

Peut-être que si cette question a pu faire naître toutes ces craintes et ces fantasmes, c’est parce qu’elle n’a été abordée que dans sa forme, du point de vue politique, et peut-être est-il temps pour l’église d’aborder la question dans son fond, du point de vue de la religion, de la théologie. Si nous partageons avec les musulmans de nombreux points communs et la volonté d’être au service de Dieu, reste qu’il y a des divergences non négligeables, aux conséquences non négligeables, dans nos compréhensions de Dieu. Osons aborder des questions comme le refus d’une théologie de la croix, ou de l’incarnation dans l’Islam, qu’en résulte-t-il sur la proximité de Dieu ? Quel articulation il-y-a-t-il entre la loi et la grâce dans l’Islam ? Et entre le règne temporel, et celui de Dieu ? Il y a derrière ces questions plus que des différences doctrinales, parce qu’elles ont chacune des implications sur notre façon de vivre ensemble, et de bien des façons notre culture occidentale est l’héritière de ce vivre ensemble chrétien. Si donc nous voulons aborder le fond des choses plutôt que la forme, l’Église doit prendre la responsabilité de ce dialogue et ne pas épargner l’Islam de ces questions légitimes.

Si ce centre musulman à venir reste fidèle au projet annoncé d’être au service d’un Islam de Suisse, libre et indépendant de pression extérieure, nul doute que nous pourrons discuter de ces questions dans un contexte constructif.  

Reste à savoir si nous, Église, avons encore une présence suffisamment forte et confiante pour interpeller l’Islam sur ces questions. À l’heure où la pratique religieuse s’individualise, où l’esprit de communauté s’est fortement dissout, et où l’on considère de plus en plus l’église comme un prestataire de service, au nom de quoi parlons-nous ? D’une tradition ou d’une foi vivante ? D’une institution, ou d’un peuple en marche ? Du passé ou du futur ?

Nicole Rochat et Martin Nouis, pasteurs

Faut-il aller au culte ?

Beaucoup de personnes se réclament de la foi chrétienne et se disent protestantes sans pourtant voir la nécessité d’assister régulièrement au culte. Au nom d’une certaine compréhension de la grâce, et de la liberté du croyant qui peut lui-même s’adresser à Dieu, le culte est regardé comme une option dans leur vie de foi. Plusieurs ont aussi vécu trop de déception dans des cultes qui ne les ont pas atteints et ne voient plus leur avantage à participer aux célébrations de la paroisse. Nos cultes ont ainsi tendance à se désertifier ce qui n’aide pas à les rendre plus attrayants.

La réponse traditionnelle à cette désertification est de changer la forme, essayer de nouvelle façon de se réunir et de célébrer Dieu. Nous créons ainsi des cultes autrement qui ont leur public, mais qui ne font pas non plus l’unanimité.

Mon intuition est que si nous nous contentons de penser nos cultes dans une perspective d’attractivité, nous sommes dans une relation marchande de la foi, où nous proposons un bien spirituel qui cherche à satisfaire un consommateur. Est-ce vraiment là ce que nos cultes doivent être ?

Face au très grand défi que représente l’errance spirituelle de notre époque, n’est-il pas grandement temps de repenser ce que veut dire être Chrétien dans ce monde ? Peut-on encore penser qu’il suffit de croire dans son cœur et de vivre son culte personnel à sa façon, pour répondre à l’appel de Dieu et être des témoins de sa bonne nouvelle pour le monde ? Si nous croyons effectivement que chaque personne, par son baptême, est porteur de la présence de Dieu dans ce monde, n’est-ce pas une responsabilité incontournable qui devrait tous nous inviter à prendre très au sérieux notre mission de chrétien ?

Et ne devons-nous pas voir alors le culte, non plus comme une offre optionnelle pour notre vie de foi, mais comme la nécessité d’être unie, d’avancer, de réfléchir notre croyance, de dire notre louange à Dieu, de s’exposer aux écritures et d’entendre la bonne nouvelle pour notre époque, même si parfois la forme nous déçoit. Mieux vaut oser dire sa frustration et rester actif, plutôt que de jeter l’éponge et devenir un chrétien inactif. Il y aurait beaucoup de choses à entreprendre pour améliorer notre culte, mais nous ne pouvons le faire qu’avec vous.

Martin Nouis

 

(article paru dans le Porte Parole de janvier 2016)

 

la peur

En choisissant comme thème de camp « la peur » les moniteurs de catéchisme ont exprimé, au lendemain des attentats de Paris, une composante essentielle de notre condition d’homme. Avoir peur fait partie de la vie, autant s’en rendre compte et l’assumer que de le nier et s’enfermer dans de fausses certitudes. Les évangiles parlent de la peur de façon surprenante, en la mettant en parallèle avec le sommeil de celui qui ignore cette peur. Dans le récit de la tempête apaisé (Mc 4:35-41), les disciples ont peur de succomber sous la force des vagues et ne comprennent pas que Jésus dorme à l’avant du bateau. Un récit qui peut renvoyer à la peur de ceux qui sont montés dans la barque de l’Église, qui s’affolent de la voir malmener par les éléments et qui trouvent que celui qui est censé être à l’avant du bateau semble parfois absent. J’en fais partie.

Et puis il y a l’histoire inverse, celle où Jésus a peur et où les disciples dorment. Elle se passe au jardin de Gethsémané, juste avant l’arrestation et la crucifixion (Mc 14:31-42). Jésus sait que le chemin qu’il doit prendre est celui de la croix et en éprouve « frayeur et angoisse ». Cette peur il l’affronte dans la prière en disant « éloigne de moi cette coupe! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ». Les disciples brillent plutôt par leur manque de discernement. Ils ont été averti, et pourtant sont incapables de rester éveillés. Peut-être ont ils simplement pris note que Jésus peut calmer une tempête juste par sa parole. Que peut-on craindre avec allié si puissant ? C’est à leur tour de dormir dans la barque, face à une tempête qu’ils ne semblent pas craindre.

Aujourd’hui nous savons que des tempêtes comme celle qu’a dû affronter la barque des disciples, il y en a eu beaucoup, et il y en aura encore beaucoup. Mais que la crucifixion de Jésus est un événement fondateur par lequel s’exprime l’œuvre de Dieu. Peut-être devons-nous nous demander aujourd’hui quelles sont nos peurs. Avons-nous peur face à une tempête, parce que nous doutons de la force de Dieu ? Ou avons-nous peur face à notre propre chemin de croix, qui doit passer par le don de soi et la mort, pour connaître alors la résurrection ?

Je crois qu’il faut s’efforcer d’affronter les affronts de nos vies et de notre paroisse, avec la confiance que Dieu reste le maître puissant qui nous conduit. Mais que face à la persécution de nos frères chrétiens d’Orient, on ne doit pas être ces disciples endormis, incapable de veiller et de prier une seule heure. Comprendre l’œuvre de Dieu, c’est savoir que Dieu ne s’imposera pas par la force. C’est là une marque de son amour. Mais cet amour a un prix. Et ce prix a de quoi nous effrayer. Vouloir suivre le Christ sur le chemin qu’il nous propose ne sera jamais un chemin facile, exempte de toute peur.

Aujourd’hui j’ai peur pour ce monde. Peur qu’il soit trop attiré par ce qui brille, par le pouvoir et la séduction, par l’affirmation de soi et la compétition vers toujours plus de paraître. Aujourd’hui j’ai peur de tous ceux qui veulent que l’homme soit son propre Dieu, tout comme ceux qui veulent imposer leur Dieu par la peur. Aujourd’hui j’ai peur que ce monde soit de moins en moins capable de recevoir l’Évangile. Et je le constate parfois dans ma propre vie.

Mais si j’ai peur, c’est parce que je sais que Dieu répondra toujours à ces folies par la folie de la croix, par la folie de son amour.
Je sais qu’il y aura des souffrances.
Mais je sais aussi qu’il y aura aussi de l’espérance et de la joie de façon démesurée.

Ne dormons pas, et soyons fidèles sur le chemin de l’Évangile
Martin Nouis, pasteur

Le rameau de Jessé

Avec les premiers frimas, arrive l’Avent…

Impossible de l’ignorer, les magasins et les pubs à la télé sont là pour nous le rappeler. Une envie de faire des gâteaux et autres bonshommes de pâte, envie d’offrir et de sourire.

Pourtant, Noël ne sera pas un sujet de joie pour tout le monde cette année. Les nombreux reportages sur les réfugiés, les guerres ça et là, les attentats terroristes donnent à notre fête un goût amer, mélange de peur et de découragement.

Découragement ? Ecoutez le prophète : « Un rameau sort du vieux tronc de Jessé (Isaïe11 : 1), préfigurant l’arrivée du libérateur et avec lui, des temps nouveaux qui nous sont promis, temps de paix, de justice et de pardon pour toutes les nations. Cependant, quoi de plus fragile qu’un rameau ? Il demande des soins constants si l’on souhaite le voir grandir et devenir fort. Au long des siècles d’histoire du christianisme, des jardiniers se sont levés pour entretenir ce rejeton, pour le nourrir et le protéger.

Cette période joyeuse et lumineuse est l’occasion de témoigner de l’amour de Dieu pour chacun, au travers des différentes fêtes de Noël bien sûr, mais également durant la semaine de prière pour l’unité des Chrétiens en janvier, ou encore durant les commémorations des 500 ans de la Réforme. Un témoignage de notre attachement à la parole de Dieu et de notre solidarité envers les plus faibles.

A force de courage et de ténacité, les chrétiens d’hier ont fait des chrétiens d’aujourd’hui les héritiers d’une Bonne Nouvelle, message de paix à transmettre en urgence aux plus jeunes d’entre-nous.

Le dimanche 29 novembre, durant le culte d’entrée dans l’Avent, une collecte de matériel scolaire, de jouets et de vêtements sera effectuée, avec le concours de l’aumônerie des requérants à Perreux

Christine Phébade-Yana Bekima, comité Porte-parole